jeudi 23 avril 2020

le monde d'après...

un texte de Cécile qui joue avec les suffixes 
et les préfixes 

et imagine le monde d'après...


-       Mamy ! Tu me racontes encore l'histoire de la Déconfiture, s'il te plaît, Mamy !
-      Oui, Petit, je vais te raconter …
Il y a longtemps, tout le monde disait « c'est la déconfiture » parce que nous étions en période de confinement suite au Coronavirus et nous ne savions pas comment en sortir, nous étions devenus une confination.
Petit, c'était en 2020, je me rappelle de tout !
Nous avions formé un groupe de parole, nous échangions des idées par Mail, SMS ou tél, selon nos moyens,  nous étions tous dans la même limite : ne pas sortir de chez nous ! Mais notre imagination, elle, n'en avait pas de limites... et, comme tout le monde s'inquiétait du « après », nous, confinistes affirmés, avons élaboré un projet.
Je me rappelle, ça tombait bien, la municipalité d'Espezel venait de signer pour un grand hangar avec toiture solaire pour abriter des projets et, justement, nous en avions un !
Lors de cette crise, cette pandémie qui apportait la mort à certains plus qu'à d'autres, les médecins, les médias parlaient de surpoids, les gens obèses mouraient plus que les autres et on en vint à dire que le sucre était très néfaste à l'homme, qu'il en était la cause.
Alors, comme nous étions tous déconfits à cette annonce, nous avons décidé de monter une usine de Déconfiture. Il s'agissait d'enlever, d'extraire le sucre mis habituellement pour la fabrication des confitures maison ou industrielles.
Nous avions idées et personnel, ça allait être une totale innovation !
Notre petite néoconfinette, Camille, avait plein d'idées, Paul, notre expert confilogue, à qui nous faisions totalement confiance, nous a mis au point un système inédit et, grâce à son imprimante 3D, nous pourrions en disposer rapidement.
Les enfants, Léon et Titouan, les plus confivores, pouvaient être mis aux postes de goûteurs/testeurs, tout se dessinait parfaitement bien.
Mais parfois nous avions envie de confinasser un peu, un jour Anne a été prise en flagrant délit de confinassage intégral,  elle ne faisait plus que peindre ! Plus tard son confiteor lui a permis heureusement de revenir au sein de notre confinatrerie.
Jean-François portait le ton haut et fort, il était devenu notre confiniste avec des opinions bien arrêtées, un adepte du confinage total pour tous, voire du surconfinage pour les enfants et envisageait stoïquement le reconfinement.
Dans le groupe, d'autres se rassuraient dans leur confiture…
-     Eh ! Mamy, Mamy, tu t’endors, tu as dis « confiture » au lieu de confinitude !
-     Ah ! Oui, oui,  Petit, tu as raison, confinitude, excuse Petit, je reprends...
Notre projet prenait forme doucement mais sûrement, il s’avérait super bien conficocté.
Françoise avait eu une idée lumineuse, elle avait demandé à Benoît de cultiver du chanvre pour que nous puissions faire des filtres, car pour assurer le déconfiturage de toutes nos anciennes confitures, il nous fallait évacuer 50% du sucre ajouté à la fabrication traditionnelle. Une technique bien particulière, secrète.
Il fallait penser aussi à la suite.
Lucie, qui avait déjà planté beaucoup d'arbres dont des agrumes, rares dans nos régions à cette époque, allait en planter encore et Juliette allait étendre son verger.
Nous allions bientôt pouvoir cueillir oranges, citrons, pamplemousses, oui, oui, au Pays de Sault !
Il faut dire qu'en même temps le climat changeait et il se mettait à faire chaud, parfois nous confiboullions.
Pour tout ça, pas question de confinâtrer, il nous fallait du sérieux, du certain, confirmer, valider, fut le travail de Marie-Jo.
Florian, qui rêvait de mécanique, nous configura une confiteuse capable de nous aider dans le traitement de tous ces pots que déjà nous recevions de partout. Tout le monde vidait placards,  caves, débarras, remises, où était stockée leur précieuse denrée. Il fallait faire vite, l'imprimante 3D nous avait sorti filtres, confiteuse, les différents systèmes très confidentiels de Paul, la déconfinerie tournait à fond sous sa toiture et son énergie solaire et bien sûr avec son personnel de confineurs et confineuses spécialisé.e.s.
Notre nouveau produit reconfinaturé allait faire un tabac !
Nous avions  fait des tests parce que Sébastien, confiphobe à tout crin, ne voulait pas mettre sur le marché notre produit sans cette sécurité. Odile, notre plus grande confinesse, nous apportait toute sa logique, son sérieux, sa sagesse, elle était rassurante. Néanmoins nous attendions tous le déconfinage promis, avide de devenir exconfinés.
Nous avions mis au point deux produits : des pots Reconfinaturés que nous remettions dans leurs anciens pots et nos produits de nouvelle génération, un pot Confinature de 250 gr et
un pot Confinette de 100 gr.
Que des fruits purs ou en mélange, pas de sucre ajouté, tout le monde adorait, tous les parfums étaient là. Nous avions banni les bananes parce que trop inadaptées au Plateau de Sault et bien trop énergivores en matière de transport.
Mais tu sais bien, Petit, que maintenant sur le Plateau on peut acheter, pommes, cerises, poires, oranges, nèfles, argouses, coings, citrons, pêches, abricots, cassis, groseilles, framboises, melons, arbouses, tomates, pomélos, aussi des noix... tout le monde a replanté des noyers, ils sont beaux et ne cassent pas au vent ! Les noix, on en ajoute dans nos recettes, c’est bon ce conficroquant.
Une autosuffisance est née, le chanvre isole nos maisons de bois du pays façonné à la scierie, nous mettons au point un couvercle, en chanvre aussi, pour nos confinatures, il y a du travail pour tous, plus d'obésité, la vie est belle, Petit ! Nous sommes, nous confinois, tous, devenus de véritables enconfinaturés comme disent certains, jaloux sans doute…
Ha ! Tu dors, Petit.
Dors bien.                                                                    

Cécile



vendredi 17 avril 2020

jouer avec le confinement



Et si au lieu de compter le temps qui reste et celui qui passe,

on jouait avec notre confinement ?  
Le jeu que je vous propose va vous permettre de sortir en promenade dans votre dictionnaire.  Pas besoin d’attestation dérogatoire ni de chien.  
 C’est vous qui ferez le chien en courant dans tout le dictionnaire
 en d’incessants allers et retours

 

CONFINEMENT :
Du latin confinis, « qui a la même limite »,

mot dérivé de confiner avec le suffixe ment

intéressants, les suffixes.

On les accroche à la fin des mots pour y apporter des nuances ou même des sens différents.

Ils peuvent s’ajouter aux noms, aux verbes, aux adjectifs, etc



Je vous propose juste de garder « cofin » et de modifier le suffixe

Après, vous pouvez imaginer les définitions des mots ainsi créés, 
les introduire dans des textes,
inventer des règlements,
des autorisations de sorties, 
tout ce que vous voulez, la création n’a pas de limites.


Un exemple : le suffixe « asser » donne une couleur péjorative à un verbe (rêver-rêvasser)



Donc, confinasser pourrait signifier « profiter de l’isolement pour glandouiller au lieu de télétravailler »

Ainsi,  la confinerie serait « le lieu où sont enfermés les citoyens pris en flagrant délit de confinassage »


etc etc etc

 

Et pourquoi pas y ajouter un préfixe… (ce serait quoi une néoconfinette ?)



Les possibilités sont infinies, à vous de jouer, d’y passer du bon temps, et de partager si ça vous dit.



Pour vous mâcher un peu la tâche, je vous joins un tableau avec une quinzaine de suffixes, mais il en existe bien d’autres, réels ou à inventer.  C’est pourquoi une balade dans le dictionnaire peut être intéressante.







mercredi 1 avril 2020

comment devenir haijin


ou écrire des HAÏKUS,

si vous préférez.


     Dans sa forme, le haïku se compose de 3 lignes non rimées de 5-7-5 syllabes

     Dans le fond, le haïku fait la part belle à la Nature et aux cycles qui la renouvellent. 
On le concocte pour capter un instant de vie quotidienne, une sensation éphémère… 
Généralement, il y a aussi une pause-césure, qui donne le rythme, la dernière partie amenant son lot d’Inattendu. 
Le haïku supporte mal les effusions pathétiques, mais tous les sujets peuvent être abordés.


Ça, c'est  la théorie...



Maintenant, vous en faites ce que vous voulez, le principal étant d’écrire et de vous faire plaisir.

Et pourquoi pas appliquer, l’idée de Didier (celui-là même qui m’a fait cette proposition de promouvoir le haïku) : ne plus communiquer que par le haïku, entre familles et amis…


Alors, à vos calames en bambou

jeudi 26 mars 2020

une chronique du confinement


proposée par Anne Delobel

un dessin chaque jour

une histoire à suivre en cliquant à votre gauche;

"Carina Vi Russe"

Pour plus de lisibilité


 vous retrouverez vos commentaires et recettes en cliquant à votre gauche, au choix :

lectures du moment
     LE livre absolu
          grignotage de crise

mercredi 25 mars 2020

lecture du moment, 3ème


J'ai terminé le livre "Né d'aucune femme" de Franck Bouysse.
L'auteur, né en 1965, a enseigné la biologie et l'horticulture avant de se consacrer à l'écriture. Il partage aujourd'hui sa vie entre Limoges et un hameau en Corrèze.
L'histoire est basée sur "les cahiers de Rose". Une femme vient trouver le curé pour qu'il aille bénir le corps d'une femme à l'asile. Le curé s'approprie discrètement les cahiers cachés sous la robe de la défunte...et par  la lecture et la ré-écriture du curé, l'histoire nous est présentée.
Au début je me demandais : "qu'est-ce que c'est pour une histoire?" Il n'est pas fait mention d'une époque. C'est le lecteur qui suppose que ça a dû se passer au 18e? 19e siècle ? Toute l'histoire est baignée dans un tourbillon de forces manichéennes, le bien et le mal, la force de la nature, la force humaine, la cruauté, la douceur, des sentiments (si on peut parler de cela) tourmentés, poussés à l'extrême. A un certain moment, après un chapitre ou deux, j'ai réalisé que je me trouvais au beau milieu d'un conte cruel, genre contes de Grimm. Et j'ai tout à coup pensé aussi aux histoires extraordinaires d' Edgar Allan Poe. Et si je devais référer à la musique, les œuvres de Wagner. On n'arrive pas à se distancier de cette écriture, on est emporté ! Je n'ai donc pas peiné à arriver au bout!

Anne

lecture du moment, 2ème


J’ai envie de vous parler  d’un livre que je viens de relire il y a peu au sortie d’une grippe.  Je l’avais lu il y a longtemps , mais j’ai eu une autre approche à cette  seconde lecture . Je  l’avais aimé auparavant pour le pittoresque l’humour,   Il s’agit de « l’amant du pèbre d’âne » de Pierre Magnan, dont j’avais apprécié les précédents livres sur les enquêtes de l’inspecteur La Violette,  livres amusants pour la détente. L’auteur  mort il y a 6 ou 8 ans était  assez âgé quand il a  décrit dans « l’amant du pèbre d’âne » un monde fusionnel alors avec la nature de son pays des «  basses-alpes » ( appellation alors de la haute Provence). Il y raconte   son enfance adolescence jeunesse à Manosque,  se laissant  aller à la nostalgie. Pourtant  ce lointain univers  n’était pas facile, la mort était omniprésente.  Paradoxe, il y regrette dans ces pages  la vie d’antan ou du moins regrette-il la saveur des  impressions dans l’insouciance des premiers années. Au fil du temps, il énonce ses réflexions sur la  mort. Son constat de précarité l’a préservé de toute ambition.  Très tôt  il  comprit qu’ambition richesse n’étaient que leurres. Il prit comme modèle sa grand-mère, femme  endeuillée de multiples fois et à qui  le spectacle de trois violettes sortant pour annoncer le printemps donnait un sourire lumineux.    Pierre Magnan  a enfermé le monde de son enfance dans ses livres.  Peut-être ai-je été  sensible à son univers parce que proche du mien par certains coté malgré une différence de génération. Les auteurs sont souvent «  à la recherche du temps perdu », « de leur temps perdu » ; oui les temps se perdent, on les retient par l’écriture. Le monde de Pierre Magnan à l’époque de sa jeunesse n’existe plus que par son livre, cela est précaire , car mêmes les livres ne sont pas immortels, puisque il est connu que les « civilisations sont mortelles ». Lors de l’instant présent, les enfants adolescents  semblent perdre leur temps à tout observer et ressentir, ils font provisions sans le savoir de souvenirs.

Apprendre la précarité de la vie est un exercice difficile. Les mondes s’engloutissent. s’ensevelissent les uns derrière les autres ; de plus en plus vite. La génération née après guerre est la dernière a avoir   connu  un lien avec la nature. Un  lien qui est en train de s’anéantir remplacé par  un monde que je ne sais ni nommer ni définir. Ce n’est pas un commentaire très gai que je vous envoie, peut-être est-ce à cause de ce temps de coronavirus où la fragilité de la vie est accentuée, peut-être aussi cela nous permettra-t-il de retrouver un  lien  plus respectueux avec la nature…  

Pierre Magnan n’ a été connu et reconnu que fort tard dans sa vie. Je vous invite à lire son œuvre si vous ne le connaissez pas, vous y puiserez un grand plaisir. 

Dominique Schwob