2026 - La Liberté

des textes choisis et lus par Dominique Schwob, des ponctuations à la contrebasse par Bertrand Larcade, le tout présenté à la médiathèque le 27 mars 2026.

  

Né en 1892 dans le Finistère, Maurice HENENSAL fut marin, instituteur, syndicaliste et poète. Son seul poème passé à la postérité a certainement été écrit en 1933, à l’occasion de la naissance de son fils.

 

Petit, lorsque tu seras grand 

 

Petit, lorsque tu seras grand,

On te dira d’aller te battre,

Et l’on te montrera du doigt

Ceux-là qu’il s’agit d’abattre.

 

On te dira : c’est l’ennemi.

Sus à lui, petit, meurs ou tue,

Éventre-moi cet habit gris

Contre lequel tu t’évertues ;

 

Et toi tu marcheras, bardé,

Sanglé, parqué, numéroté,

Vivant la tragique aventure

 

Sans comprendre, enfoui dans la nuit,

Dans la misère et dans le bruit,

Noyé dans la boue et l’ordure,

 

Jusqu’à ce qu’un morceau de fer

Fasse un pauvre tas de sa chair

Et la disperse en pourriture.

 

 

Né en 1900 dans un milieu très modeste, son nom et son œuvre marque le 20ème siècle. Près de 480 écoles en France portent son nom. C’est dire si ses mots ont marqué des générations d’enfants francophones. Scénariste dès les années 30, il va populariser le réalisme poétique au cinéma. Mais c’est pour ses poèmes pacifistes, irrévérencieux qui parlent à tous, que le nom de Jacques PRÉVERT est connu de tous.

Écrit en 1934, La Chasse à l’enfant s’inspire d’une mutinerie survenue au bagne pour enfants de Belle-Île-en-Mer

 

La chasse à l’enfant  


Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Au-dessus de l’île on voit des oiseaux

Tout autour de l’île il y a de l’eau
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Qu’est-ce que c’est que ces hurlements

Bandit ! Voyou ! Voyou ! Chenapan !
C’est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l’enfant

Il avait dit j’en ai assez de la maison de redressement
Et les gardiens à coup de clefs lui avaient brisé les dents
Et puis ils l’avaient laissé étendu sur le ciment
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Maintenant il s’est sauvé
Et comme une bête traquée
Il galope dans la nuit
Et tous galopent après lui
Les gendarmes les touristes les rentiers les artistes

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C’est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l’enfant

Pour chasser l’enfant, pas besoin de permis
Tous les braves gens s’y sont mis
Qu’est-ce qui nage dans la nuit
Quels sont ces éclairs ces bruits
C’est un enfant qui s’enfuit
On tire sur lui à coups de fusil
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Tous ces messieurs sur le rivage
Sont bredouilles et verts de rage
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Rejoindras-tu le continent rejoindras-tu le continent !
Au-dessus de l’île on voit des oiseaux
Tout autour de l’île il y a de l’eau.

 

 

        Né en 1916 en Martinique, Aimé CÉSAIRE est, avec Léo-Gontran Damas et Léopold Sédar-Senghor, le fondateur du mouvement littéraire de la négritude. Il est poète, écrivain, professeur, homme politique. Il défendra toujours des positions anticoloniales. Ce poème est extrait du recueil de 1939, Cahier d’un retour au Pays natal.

En vain pour s'en distraire le capitaine pend à sa grand'vergue le nègre le plus braillard ou le jette à la mer,

ou le livre à l'appétit de es molosses

La négraille aux senteurs d'oignon frit retrouve dans son sang répandu le goût amer de la liberté

Et elle est debout la négraille

la négraille assise

inattendument debout

debout dans la cale

debout dans les cabines

debout sur le pont

debout dans le vent

debout sous le soleil

debout dans le sang

debout

et

libre

debout et non point pauvre folle dans sa liberté et son dénuement maritimes girant en la dérive parfaite et la voici :

plus inattendument debout

debout dans les cordages

debout à la barre

debout à la boussole

debout à la carte

debout sous les étoiles

debout et libre

 

Né en 1802, l’auteur suivant n’a pas toujours eu une grande gueule. Il a cru au Printemps des peuple, en 1848. Mais le coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte l’oblige à l’exil tout début 1852. Les espoirs d’une république démocratique en France sont par terre et il ne le supporte pas. Depuis Bruxelles, il écrit et publie son pamphlet Napoléon le Petit, en août 1852. Mais le gouvernement belge et son roi ne sont pas particulièrement ami de la démocratie, et il ne faut pas fâcher le puissant voisin français. Aussi, en décembre, est promulguée la loi Faider qui réprime les offenses envers les chefs des gouvernements étrangers.  Expulsé de Belgique et en exil à Jersey, là, il ne peut vraiment se la fermer, et ni une ni deux, il écrit un poème « À propos de la loi Faider » qui fait du lion belge soi-disant autonome un petit caniche à la solde du nouvel empire. Inutile de préciser qu’à partir de là, Victor HUGO ne l’a plus jamais fermée…jusqu’à sa mort en 1885.

 

À propos de la Loi Faider

 

Ce qu’on appelle Charte ou Constitution,
C’est un antre qu’un peuple en révolution
Creuse dans le granit, abri sûr et fidèle.
Joyeux, le peuple enferme en cette citadelle
Ses conquêtes, ses droits, payés de tant d’efforts,
Ses progrès, son honneur ; pour garder ces trésors.
Il installe en la haute et superbe tanière
La fauve liberté, secouant sa crinière.
L’œuvre faite, il s’apaise, il reprend ses travaux,
Il retourne à son champ, fier de ses droits nouveaux,
Et tranquille, il s’endort sur des dates célèbres.

Sans songer aux larrons rôdant dans les ténèbres.
Un beau matin, le peuple en s'éveillant va voir
Sa Constitution, temple de son pouvoir;
Hélas! de l'antre auguste on a fait une niche.
Il y mit un lion, il y trouve un caniche.

 

Publié en 1859, Issu du Cercle des Tyrans, extrait de La légende du siècle.

Liberté !  

De quel droits mettez-vous des oiseaux dans des cages?

De quel droit ôtez-vous ces chanteurs aux bocages,
Aux sources, à l'aurore, à la nuée, aux vents ?
De quel droit volez-vous la vie à ces vivants ?
Homme, crois-tu que Dieu, ce père, fasse naître
L'aile pour l'accrocher au clou de ta fenêtre ?
Ne peux-tu vivre heureux et content sans cela ?
Qu'est-ce qu'ils ont donc fait tous ces innocents-là
Pour être au bagne avec leur nid et leur femelle ?

Qui sait comment leur sort à notre sort se mêle ?
Qui sait si le verdier qu'on dérobe aux rameaux,
Qui sait si le malheur qu'on fait aux animaux
Et si la servitude inutile des bêtes
Ne se résolvent pas en Nérons sur nos têtes ?
Qui sait si le carcan ne sort pas des licous ?
Oh! de nos actions qui sait les contre-coups,
Et quels noirs croisements ont au fond du mystère
Tant de choses qu'on fait en riant sur la terre ?
Quand vous cadenassez sous un réseau de fer
Tous ces buveurs d'azur faits pour s'enivrer d'air,
Tous ces nageurs charmants de la lumière bleue,
Chardonneret, pinson, moineau franc, hochequeue,
Croyez-vous que le bec sanglant des passereaux
Ne touche pas à l'homme en heurtant ces barreaux ?
Prenez garde à la sombre équité. Prenez garde !
Partout où pleure et crie un captif, Dieu regarde.
Ne comprenez-vous pas que vous êtes méchants ?
À tous ces enfermés donnez la clef des champs !
Aux champs les rossignols, aux champs les hirondelles ;
Les âmes expieront tout ce qu'on fait aux ailes.
La balance invisible a deux plateaux obscurs.
Prenez garde aux cachots dont vous ornez vos murs !
Du treillage aux fils d'or naissent les noires grilles ;
La volière sinistre est mère des bastilles.
Respect aux doux passants des airs, des prés, des eaux !
Toute la liberté qu'on prend à des oiseaux
Le destin juste et dur la reprend à des hommes.
Nous avons des tyrans parce que nous en sommes.
Tu veux être libre, homme ? et de quel droit, ayant
Chez toi le détenu, ce témoin effrayant ?
Ce qu'on croit sans défense est défendu par l'ombre.
Toute l'immensité sur ce pauvre oiseau sombre
Se penche, et te dévoue à l'expiation.
Je t'admire, oppresseur, criant: oppression !
Le sort te tient pendant que ta démence brave
Ce forçat qui sur toi jette une ombre d'esclave
Et la cage qui pend au seuil de ta maison
Vit, chante, et fait sortir de terre la prison.

 

        Le texte qui suit est celui d’une chanson de Jean FERRAT parue sur l’album La femme est l’avenir de l’homme, sorti en 1975.

Le bruit des bottes, est écrit par un ami proche de Jean Ferrat, Guy THOMAS. Ferrat consacra d’ailleurs un album entier aux poèmes de son ami, en 1985, avec l’album  Je ne suis qu’un cri.

Le bruit des bottes   

C'est partout le bruit des bottes, c'est partout l'ordre en kaki
En Espagne on vous garrotte, on vous étripe au Chili
On a beau me dire qu'en France, on peut dormir à l'abri
Des Pinochet en puissance travaillent aussi du képi

Quand un Pinochet rapplique, c'est toujours en général
Pour sauver la République, pour sauver l'ordre moral
On sait comment ils opèrent pour transformer les esprits
Les citoyens bien pépères en citoyens vert-de-gris

À coup d'interrogatoires, de carotte et de bâton
De plongeon dans la baignoire, de gégène et de tison
Il se peut qu'on vous disloque ou qu'on vous passe à tabac
Qu'on vous suicide en lousdoc au fond d'un commissariat

Il se peut qu'on me fusille pour avoir donné du feu
Pour avoir joué aux billes avec un petit hébreu
On va t'écraser punaise pour avoir donné du pain
Pour avoir donné du pèze au petit nord-africain

Il se pourrait qu'on m'accuse avec un petit gourdin
D'avoir étudié Marcuse, d'avoir été sartrien
Ils auront des électrodes, ils diront tu veux du jus
Pour connaître la période où j'étais au PSU

À moins qu'ils me ratatinent pour mon immoralité
Pour avoir baisé Delphine, pour avoir été pédé
À moins qu'ils ne me condamnent à mourir écartelé
Entre l'amour de Roxane et celui du beau Dédé

Il se peut qu'on me douillette pour que je veuille attester
Qu'en 1967, je lisais l'Humanité
Il se peut qu'on me tourmente et qu'on me fasse avouer
Que dans les années 60, j'étais à la CGT

À moins qu'ils me guillotinent pour avoir osé chanter
Les marins du Potemkine et les camps de déportés
À moins qu'avec un hachoir, ils me coupent les dix doigts
Pour m'apprendre la guitare comme ils ont fait à Jara

C'est partout le bruit des bottes, c'est partout l'ordre en kaki
En Espagne on vous garrotte, on vous étripe au Chili
Il ne faut plus dire qu'en France, on peut dormir à l'abri
Des Pinochet en puissance travaillent aussi du képi
Travaillent aussi du képi

 

Saïda MENEBHI est née à Marrakech en 1952. Poétesse, écrivaine, professeur d’anglais, elle adhère à une organisation marxiste-léniniste qui soutient la demande d’indépendance du peuple sahraoui. Le 16 janvier 1976, elle est arrêtée et internée au centre de torture de Casablanca. Inculpée pour atteinte à la sureté de l’état, lors du procès, avec ses 137 co-inculpés, elle chante dans le tribunal l’hymne des Communards de 1870. Elle entame une grève de la faim et mourra, en prison, faute de soins, le 11 décembre 1977. Elle avait 25 ans. Elle reste encore aujourd’hui une égérie de l’opposition marocaine.

Rêverie 

Tu sais, gamin
Je t’ai écrit un poème
mais ne me gronde pas
car écrire est ce langage
que tu ne comprends pas encore
Ce n’est rien, gamin
Quand tu seras grand
tu vas capter ce rêve
que j’ai rêvé au milieu de la journée
Quand ce sera ton tour, tu raconteras l’histoire de cette femme
prisonnière arabe
dans son propre pays
Arabe aux cheveux blancs
et des yeux verdâtres
Le rêve, gamin,
commence
quand je vois un pigeon
Des oiseaux qui font des nids
sur le toit des prisons
Je rêve d’envoyer un message aux révolutionnaires
de Palestine
pour leur assurer un soutien pour la victoire
Je rêve d’avoir des ailes
comme un moineau
pour traverser les cieux
jusqu’à l’Érythrée
jusqu’à Dhofar
Épaules chargées d’armes
la tête, de poèmes
Je veux être une passagère
à bord des nuages
avec ma tenue de guerre
combattre Pinochet
à l’intérieur du Chili
pour que mon sang coule
sur le sol chilien
que Neruda a loué
Ah mon rêve
Afrique rouge
des enfants sans faim
Je rêve
que la lune
tombera de là-haut
pour faire tomber l’ennemi
et que la lune me laissera
en Palestine ou au Sahara
dans n’importe quel endroit
où je me bats pour la victoire
pour tous les peuples en lutte.

 

« Je veux rompre ce silence

humaniser ma solitude

ils m’ont désœuvrée

pour que rouille ma pensée

et que gèle mon esprit.

mais tu sais toi que je chéris

que tel un volcan qui est en vie

tout en moi est feu

pour brûler les lourdes portes

tout en moi est force

pour casser les ignobles serrures

et courir près de toi

me jeter dans tes bras. »


La prison, c’est laid 

La prison, c’est laid

Tu la dessines, mon enfant

Avec des traits noirs

Des barreaux et des grilles

Tu imagines que c’est un lieu sans

lumière

Qui fait peur aux petits

Aussi pour l’indiquer

Tu dis que c’est là-bas

Et tu montres avec ton petit doigt

Un point, un coin perdu

Que tu ne vois pas

Peut-être la maîtresse t’a parlé

De prison hideuse

De maison de correction

Où l’on met les méchants

Qui volent les enfants

Dans ta petite tête

S’est alors posé une question

Comment et pourquoi

Moi qui suis pleine d’amour pour toi

Et tous les autres enfants

Suis-je là-bas ?

Parce que je veux que demain

La prison ne soit plus là 

 

Née en 1958, Brigitte BAUMIÉ est musicienne. Une rapide perte d’audition à l’âge de 35 ans, la fait se tourner vers l’écriture. Militante pour l’inclusion, elle travaille autour de la création poétique en langue des signes. Son dernier recueil de poésies, publié en 2024, montre un pacifisme désespéré.

 

Les femmes-plomb  (extrait)

Écoutez

il y en a qui chantent dans ce train

que leur a-t-on dit pour qu’ils chantent ?

que leur a-t-on dit pour qu’ils chantent 

à l’heure de devenir des assassins ?

 

va, couvre-toi de gloire

va, sauve ta patrie

va, défends ton Dieu

et reviens en héros…

va va va

débarrasse-moi le plancher !

bats-toi, tue-les !

 

fierté d’avoir enfanté des assassins…

Venez donc vous asseoir ici

vous toutes

mères femmes sœurs amantes

asseyez-vous

ici

 

n’espérez pas qu’il revienne

c’est maintenant qu’il faut l’empêcher de partir

ceux qui reviendront vivants

d’une façon ou d’une autre seront des assassins

 

ne vous consolez pas en pensant à son retour

il ne reviendra pas

aucun train ne les ramène jamais.

 

Franco-syrienne, Maram al-MARSI est née en 1962 en Syrie. Elle vit en France depuis 1982.

Écrivaine et poétesse, elle publie en français et en arabe depuis 2003.

 

Est-ce un crime 

Est-ce un crime

Si mes pieds sont joyeux de toucher l’essence de la terre

Quand je danse

Est-ce un crime si je découvre mes épaules

Et laisse flotter mes cheveux ?

Est-ce un crime

De mettre du rouge à lèvres

Et dire que j’ai une bouche ?

Est-ce un crime si je suis une fille

Comme toutes les autres filles du monde ?

Si j’ai un corps

Si je dors

Si je chante

Si je danse si je peins

Si j’écris

Si j’ai des désirs

Si j’aime ?

Est-ce un crime de vivre dans un pays

Où on pend par le cou

La liberté ?

Est-ce un crime de vivre dans un pays

Où on pend par le cou

La liberté ?

 

 

René DEPESTRES est un poète, romancier, né en 1926 en Haïti. Installé à Paris dans les années 50, il va vivre quelques années à Cuba, attiré par le régime castriste. Il va par la suite s’en éloigner et résider définitivement en France.

Militant et activiste révolutionnaire, ce n’est pas un hasard si Depestre, haïtien, s’intéresse à Toussaint LOUVERTURE auquel il consacre un poème.

Rappelons que Toussaint Louverture est cet esclave affranchi qui joua un rôle de 1er plan dans la révolution haïtienne au tournant des 18em et 19em siècles.


 
     Écrivain et poète né à Paris en 1808 (mort en 1855), Gérard de NERVAL est souvent tourmenté. Il est attiré par l’Orient et l’ésotérisme.

Le poème Vers dorés, écrit en 1853, fait état de son panthéisme.

 

Vers dorés 

 Homme ! libre penseur – te crois-tu seul pensant
Dans ce monde où la vie éclate en toute chose :
Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
Mais de tous tes conseils l’univers est absent.

Respecte dans la bête un esprit agissant : …
Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;
Un mystère d’amour dans le métal repose :
« Tout est sensible !  » – Et tout sur ton être est puissant !

Crains dans le mur aveugle un regard qui t’épie
A la matière même un verbe est attaché …
Ne la fais pas servir à quelque usage impie !

Souvent dans l’être obscur habite un Dieu caché ;
Et comme un œil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres !

 

        

     Une des deux régionales du programme, Isabelle PAMIES vit à Roquefeuil

 

Richesses retrouvées 

 

L’étoffe qui voile mes jours, grise, insipide,

Tissée de leurres et de fleurs à consommer,

M’endort de trésors, me réconforte et me plaît.

Longtemps, je m’étends dans ce bien-être perfide.

 

Par sa clarté, l’aube ravive, et attentive

Aux notes du dehors et celles du dedans,

Du grand carillon, j’entends l’accord dissonant.

Mais comment ranimer l’harmonie en dérive ?

 

La brise lucide brasse le lourd défit.

Affable, elle souffle : « Si l’on veut porter haut

Convictions et aspirations, parfois il faut

Chevaucher la liberté de choisir sa vie ! »

 

Dès lors, je vêts le dehors d’un linge nouveau,

Brodé de douce mousse et de lierre doré.

Dans le tissage des richesses retrouvées,

Je m’accorde au chœur flûté, le chant des oiseaux.

 

 

        Son amour des mots, son envie de les écrire et de lles dire, bref de les partager, reste intact. Dominique SCHWOB vit à Comus.

 

Farandoles des diables

 

Il est des souffle-soupe

Des renifle famine

Ils se ressemblent

Ils se délectent de la misère

 

C’est leur Farandole autour du monde

Orban Milei Erdogan Trump Netanyahou Poutine

Leurs maitres en mensonge de Machiavel à Berlusconi

Ils sont des rabatteurs de laideur

Là où ils sont passés les arbres sont tombés

La forêt vierge mangée

Pour ravager et posséder

Creuse-terre et bétonneur du monde

Cervelles sponsorisées, respect de l‘humanité oublié

Ils forent pour le pétrole ils forent pour le gaz de schiste

Poison déversé en spécialistes

C’est la Farandole du diable

Trump Orban Miléi Erdogan Netanyahou Poutine

 

Ils font école et sèment des graines par le monde

 

Mêmes façons de mentir de museler les vérités

L’arme du mensonge sur les ondes embrume les hommes

Le pouvoir gagné par tromperie

Par contorsion, les lois changées

Par aversion, les constitutions amaigries

Par répulsion, la liberté encagée

Par allergie, la Justice abolie

Les mains de sang entachées

Ces mauvais acteurs crèvent de peur

Peur de la mort, de la prison,

 

Religieux et génocidaires

Popes de Poutine, prêtres d’Orban, rabbins sionistes de Netanyahou,

Imans intégristes d’Erdogan, évangéliques extrémistes de Trump

Tous à leur service

Tous marchands d’eau bénite

Leurs guerres culbutent les soirs de paix

 

Il est des pèle-immondices

Là où ils régent les chants se sont tus

Ils œuvrent sans fatigue

Ce sont les faiseurs de la Genèse à l’envers

 

 

Liberté   

 

A-t-on le choix de naitre ?

A-t-on le choix de ne pas mourir ?

A-t-on le choix de notre destin ?

Est-on libre dans la prison de la maladie ?

Est-on libre sous les emprises

Drogues psychotropes alcool sectes ?

Est-on libre selon les religions ?

Est-on libre selon son sexe ?

Femme en Iran en Afghanistan ?

Est-on libre de ne pas enfanter ?

Est-on libre dans la peur de la pègre

Est-on libre de ne pas subir la guerre ?

Est-on libre sous l’emprise de la faim ?

Partout la liberté sexuelle ?

D’apprendre ? D’aimer ? De penser ? De vivre ? De mourir ?

Et de s’exprimer dans le respect et la raison ?

À ces questions répond

Ce besoin inaliénable de liberté

 

Pour conclure ce programme, SA « liberté » à lui va de soi.

Écrit en 1942, son titre initial était « une seule pensée » ce poème présente un message d’espoir face à l’occupation allemande.

Une façon parmi d’autre de résister. Paul Eluard, né en 1895, a été compagnon de route des dadaïstes, des surréalistes, des communistes. Parmi d’autres, il a fréquenté André Breton, Aragon, Dali, René Char. Un poète épris de justice, d’amour et de liberté. Il meurt en 1952.

 

Liberté 

 

Sur mes cahiers d’écolier

Sur mon pupitre et les arbres

Sur le sable sur la neige, j’écris ton nom

Sur toutes les pages lues

Sur toutes les pages blanches

Pierre sang papier ou cendre, j’écris ton nom

Sur les images dorées

Sur les armes des guerriers

Sur la couronne des rois, j’écris ton nom

Sur la jungle et le désert

Sur les nids sur les genêts

Sur l’écho de mon enfance, j’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits

Sur le pain blanc des journées

Sur les saisons fiancées, j’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur

Sur l’étang soleil moisi

Sur le lac lune vivante, j’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon

Sur les ailes des oiseaux

Et sur le moulin des ombres, j’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore

Sur la mer sur les bateaux

Sur la montagne démente, j’écris ton nom

Sur la mousse des nuages

Sur les sueurs de l’orage

Sur la pluie épaisse et fade, j’écris ton nom

Sur les formes scintillantes

Sur les cloches des couleurs

Sur la vérité physique, j’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés

Sur les routes déployées

Sur les places qui débordent, j’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume

Sur la lampe qui s’éteint

Sur mes maisons réunies, j’écris ton nom « Liberté »

Sur le fruit coupé en deux

Du miroir et de ma chambre

Sur mon lit coquille vide, j’écris ton nom

 

Sur mon chien gourmand et tendre

Sur ses oreilles dressées

Sur sa patte maladroite, j’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte

Sur les objets familiers

Sur le flot du feu béni, j’écris ton nom

Sur toute chair accordée

Sur le front de mes amis

Sur chaque main qui se tend, j’écris ton nom

Sur la vitre des surprises

Sur les lèvres attentives

Bien au-dessus du silence, j’écris ton nom

Sur mes refuges détruits

Sur mes phares écroulés

Sur les murs de mon ennui, j’écris ton nom

Sur l’absence sans désirs

Sur la solitude nue

Sur les marches de la mort, j’écris ton nom

Sur la santé revenue

Sur le risque disparu

Sur l’espoir sans souvenir, j’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot

Je recommence ma vie

Je suis né pour te connaître

Pour te nommer

Liberté.

 

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